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Le marché de l’art et les spéculateurs se sont emballés depuis peu pour le travail de Rammellzee, le consacrant comme la nouvelle valeur étalon susceptible de quitter les limbes  du graffiti pour rejoindre le panthéon caviardés des héros du pop art et de la street peinture. Après Basquiat et Keith Harring, aujourd’hui hors de prix et de portée pour le commun des collectionneurs, Rammellzee devient une valeur intermédiaire, susceptible de connaitre dans la ou les prochaines décennies la même envolée que ces prédécesseurs.

Pour se faire, il est devenu impératif pour certains de créer des raccourcis loin de la réalité, comme cette virginale amitié entre Rammellzee et Jean-Michel Basquiat afin d’entretenir une sainte trinité Harring, Basquiat, Rammellzee. 

L’idée aussi de séparer le grain de l’ivraie en isolant Rammellze du courant de peinture auquel il appartient et se réfère, permet ainsi de l’extraire et de le singulariser sans tenter la moindre filiation, le moindre parallèle ou lien avec des artistes issus du graffiti et de sa génération. Peut-être parce que le temps s’est considérablement rétrécit en peinture et le travail critique sur un mouvement, un courant ou une école de peinture est devenu suranné, trop complexe et difficile à appréhender pour un marché de l’art de plus en plus spéculatif et agressif.

Alors, pourquoi Rammellzee et pourquoi maintenant ?

D’abord et peut-être parce que Rammellzee a produit rapidement en atelier, assurant une disponibilité des oeuvres importante, à même de pérenniser un marché posthume. Si il a très peu peint sur les métros New-Yorkais, plus enclin à tagger dans les rues de l’East Village, il a su agréger et fusionner des éléments déjà essaimés par l’école du métro new-yorkais. Il les a savamment associés, synthétisés et conceptualisés.

Certes, la cosmogonie et les références galactiques et spatiales sont déjà l’apanage de Blade, l’abstraction futuriste est elle aussi déjà prégnante chez Futura 2000. Et les références martiales des lettrages se retrouvent autant chez Phase 2 que chez Dondi. Mais Rammellzee intègre ainsi tout ses éléments de manière habile et perfectible, créeant un discours et un univers évocateurs, bien que parfois, peu intélligible. L’iKonoclast Panzerism, le Gothique Futurism ont l’avantage de poser sémantiquement les choses, là ou d’autres n’ont pas encore étaient entendus ou n’ont tout simplement pas poser de mots et de concepts sur leurs travaux et leurs démarches.

Rammellzee a particulièrement su jouer des identités multiples et du double, si cher au graffiti. Il a conservé cette idée et crée sa propre mystique en empruntant autant au japon médiéval, qu’à Sun Ra, Bootsy Collins, Georges Clinton, Kiss ou Lee Perry. Rammellzee est le roi du cut up aussi bien d’un point de vue formel que conceptuel. Il a poussé l’art du recyclage, si cher à la culture hip-hop, à son paroxysme. D’ailleurs, comme Phase 2 ou Doze Green, Rammellzee cultive ce lien entre graffiti et hip-hop. C’est par l’entremise de Fab 5 Freddy que Rammellzee rencontre Jean-Michel Basquiat. L’idée de cette rencontre repose sur la confrontation et la défiance, il en sortira un clash en peinture sur trois peintures que Ramellzee peindra en un temps records dans l’appartement de Annina Nosei, première galeriste de Basquiat. Non content de poursuivre son clash en plusieurs round, Ramellzee enregistre le morceau « Beat Bop » qui devait compter Jean-Michel Basquiat derrière le micro. Ce dernier se ravisera après avoir entendu K-Rob et Rammellzee rimer mais Jean-Michel Basquiat produit tout de même le disque, en dessine la pochette et sort le vinyle, avant de signer son exploitation sur le label Profile. Peut-t-on parler d’une amitié entre les deux hommes ? On sait que Keith Harring et Basquiat nouent des liens plus ou moins disparates à leurs débuts avec la scène du graffiti New-Yorkais qui intriguent et légitimisent d’une certaine manière leurs travaux dans la rue. Ramellezee voit d’abord l’opportunité de mettre en avant son travail, dans un désir de défiance et d’émulation, peut-être aussi avec le désir impérieux de témoigner de la légitimité de son travail et par extension d’une scène qui n’a pas bénéficié du même coup de projecteur que la peinture de Basquiat, de Keith Harring ou de Kenny Scharf.

Dans Downtown, Basquiat nous fait découvrir la scène alternative new-yorkaise musicale qui oscille entre post-punk, funk, disco, et hip-hop balbutiant. A cette époque Basquiat vit dans la rue et se trouve dans une extrême précarité. Lorsque Ramellzee et Basquiat se rencontrent, Basquiat est déjà une star. Son lien avec la culture underground est déjà distordu. Il l’entretient à travers sa relation avec le graffiti et des artistes comme Dondi, Futura 2000 ou Ramellezee qu’il côtoie. Le Hip-Hop est devenu un genre musical à part entière. Il a évolué et s’est affirmé. Les premiers disques sortis balisent désormais l’histoire de cette culture. Ramellezee en maitrise les codes en même tant que l’art de la rime. Là aussi, Basquiat est intrigué. En rencontrant Ramellezee et K-Rob, il s’initie et maintient là-aussi un lien direct avec le Hip-Hop.

Si Rammellzee poursuit derrière le micro de manière disparate et épisodique en solo ou en groupe sous les noms de Ghettovetts ou Death Cornet Crew, s’assurant une discographie rare, il n’en reste pas moins une référence importante que les Beasties Boys et B-Real de Cypress Hill citent comme influence. Une influence qui résonne dans l’underground et se fait entendre chez d’autres artistes comme Sensational, Kool Keith, Antipop Consortium, Edan, company Flow, El-p ou Cannibal Ox.

Rammellzee est un artiste transversal qui a su allier la performance, la peinture, la sculpture et des oeuvres en volume et en trois dimensions, piégeant ainsi, dans la résine, des objets de récupération détournés de leurs fonctions première. En ce sens, Rammellzee convoque un certain nombre de techniques, leurs mixités, préfigurant à leur manière l’avènement du street art. La création de figurines et de sculptures à l’effigie de ses différents personnages est, elle aussi ingénieuse, car elle impose Rammellzee dans la culture de l’objet et du fétiche. Au temple du fétichisme, la marque Supreme ne s’y est pas trompé en demandant à Rammellzee, l’autorisation de sortir une collection à son effigie.

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